Une autre exposition que j'avais très envie de découvrir, cette fois au Grand Palais, celle du peintre Joan MIRO.

Je connaissais quelques une de ses oeuvres, mais rien du peintre. C'est maintenant chose faite, et je vais tenter de vous le faire découvrir au travers les panneaux explicatifs du musée sur  sa vie et  son oeuvre ainsi que quelques unes de ses toiles, céramiques et sculptures.

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Sa terre natale, la catalogne, lui offre l'inspiration, Paris son premier tremplin, Palma de Majorque le grand atelier dont il a tant rêvé. Entre tous ces lieux, Joan Miro crée une oeuvre dénuée de toute anecdote, de tout maniérisme, de toute complaisance à l'égard des modes. Pour y parvenir, il remet continuellement en question son langage pictural. S'il s'intéresse aux avant gardes du XX7, il n'adhère à aucune école, aucun groupe. Miro exprime, dès les années 1920, sa volonté d'"assassiner la peinture" et développe des pratiques novatrices. Son oeuvre se présente ainsi comme un espace de protestation et témoigne de ses luttes. Il souhaite affirmer la puissance du geste créateur et avec cette énergie "primitive" qui le caractérise, il est l'un des rares artistes avec Pablo Picasso, à avoir lancé un défi au surréalisme et à l'abstraction. Inventeur de formes, Miro traduit en tremes puissants et poétiques la liberté dont il est si farouchement jaloux et redonne à la peinture tous ses pouvoirs.

1915/1917: un fauve catalan

De 1912 à 1915, Miro suit des cours à l'école d'Art de Francesc Gali à Barcelone, une institution ouverte aux idées de l'avant garde européenne et où sont enseignés tous les arts.Son apprentissage lui apprend l'importance de a vie intérieure, l'énergie que peut procurer la concentration mentale et la toute pyissance de l'imaginaire. Miro travaille avec archarnement, conduit par une "passion brûlante". Ses premiers travaux sont ceux, selon sa propre expression, d'un "Fauve Catalan" qui se cherche. Ses sujets sont ceux essentiellement tirés des environ de Mont-roig dont il nourrit son oeuvre. Il admire les fresques et les sculptures des églises romanes de sa terre natale. Du fauvisme, Miro ne retient que la valeur expressive de la couleur qu'il met au service d'un lyrisme personnel exhubérant. Sa touche soumise à une impulsion violente, emplit toute la toile et semble parfois la déborder. Par la ligne, la couleur mais aussi le fond, Miro cherche à exprimer une énergie vitale.

L'homme à la pipe. Portrait de Vicens Nubiola - 1917

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Mont roig, l'église et le village - 1919

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1916/1919: le cubisme

Avec le mouvement cubiste, Miro à entretenu une relation extrêmement complexe. A André Masson il dit un jour: "je briserai leur guitare", même si ses premières toiles de 1916/19, révèlent qu'il en  assimilé certains principes. Miro reprend le découpage des plans en facettes, le basculement des perspectives et la multiplication des points de vue. Ses toiles ont cependant peu en commun avec la peinture de Braque et de Picasso de 1910/12. Par leur structure et leur inspiration, les créations de miro doivent dvantage à Cézanne et combine une grande variété de sources: l'art catalan, le fauvisme, le futurisme italien.

Nu debout - 1918

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1918/1922: les peintures détaillistes

Recherchant cet "absolu de la nature" Miro entend livrer sa vision extatique du microcosme que forme la ferme familiale de Mon-roig. Il s'éloigne du fauvisme pour privilégier une écriture plus fine capable de révéler les éléments les plus infimes en leur donnant vie. Il peint les objets du quotidien les plus humbles et les animaux en les détaillant minutieusement. Sa résistance au provincialisme étriqué le pousse à s'isoler de la scène barcelonaise et fuir en gagnant Paris. Son premier séjour en 1920 est un coup de poing:"décidément, plus jamais Barcelone. paris et la campagne et cela jusqu'à ma mort", écrit-il à son ami Enric Cristofol Ricart.

Le cheval, la pipe et la fleur rouge - 1920

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Intérieur; la fermière - 1922/23

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Les années 1924/1925

Le carnaval d'Arlequin

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Tête de paysan catalan

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1925/1927: le surréalisme

En 1923, Miro travaille dans son atelier de la rue Bonnet. Il partage les préoccupations de ses amis écrivains et en comprend les nouveaux enjeux. Il plonge alors dans un univers poétique qui le libère des carcans de la tradition. La réalité visible n'est plus son modèle. Les éléments du réel se métamorphosent en un système de signes. L'imaginaire se déploie pour se substituer à la représentation du réel. Sur des fonds monochromes comme extraits du ciel ou de la terre, bleus ou ocres s'inscrivent des signes qui renvoient au potentiel lyrique des objets.

L'addition - 1925

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La tache rouge - 1925

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1927: les paysages imaginaires

Durant les étés 1926/1927 à Mont-roig, Miro travaille à deux séries de Paysages imaginaires. Sept toiles sont exécutées au cours de chaque été. On assiste au retour de la ligne d'horizon partageant le paysage en deux zones et au retour des aplats de couleurs vives saturées. la ligne de Miro fait naître des animaux, des insectes. Diurnes ou nocturnes, ces paysages empreints de drôlerie et de truculence racontent la vie d'un monde cosmique. Dans cet univers tout est métamorphose naturelle et hors échelle.

Le lièvre

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Paysage au coq

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L'objet du couchant - 1935/36; assemblage de tronc de caroubier peint, ressort de sommier, brûleur à gaz, chaîne, manille et ficelle

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Les années 1934

Escargot, femme, fleur, étoile

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La montée des fascismes

En écho aux crises financières, sociales et politiques qui secouent les années 1930, le grotesque et l'inquiétant s'imposent dans l'oeuvre de Miro. En 1935, un an avant la guerre d'Espagne, le drame s'annonce dans un cycle dit des "peintures sauvages", peuplées de figures aux faciès grimaçants. Le désarroi de Miro est à son comble lorsqu'à l'été 1936 la guerre civile espagnole éclate. Contraint de s'exiler à Paris avec sa famille, il retourne travailler à l'académie de la Grande Chaumière. Il dessine des figures dont les puissantes distorsions trahissent son humeur acerbe. Sous le feu des forces franquistes puis allemandes qui bombardent Guernica le 26 avril 1937, Miro se met à peindre des natures mortes très réalistes aux couleurs incandescentes et des ppaysages nocturnes qui reflètent son angoisse.

Tête humaine - 1931

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Personnage - 1934

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Oiseaux et insectes - 1938

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1936 Les peintures sur masonite

Quand débute la guerre civile en Espagne en juillet 1936, Miro commence à peindre durant l'été 27 peintures d'un format identique sur masonite (Isorel) . D'une grande puissance d'expression et d'une grande force de matière celles ci sont réalisées avec les blancs plâtreux de la caséine en taches, le Ripolin noir et des matières qui semblent carbonisées (goudron, bitume, gravier). Des couleurs pures disposées parcimonieusement mais puisamment viennent se détacher du jeu dominant des noirs et des blancs. Des êtres élémentaires, des signes sommaires, des formes organiques isolées, tous échappés de l'inconscient du peintre s'inscrivent sur la masonite laissée brute qui apparaît en fond. Ces peintures sont des exorcismes violents, instinctifs aux évènements.

 Huile - 1936

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1939/1941 Les constellations.

A l'été 1939, Miro s'installe avec sa famille au Clos des Sansonnets à Varengeville-sur-mer. En dépit des évènements qui secouent l'Europe, Miro trouve dans ce petit village de côte normande le calme qu'il a connu à Mont-roi. Il commence à travailler à la série des Constellations qu'il continuera à Palma de Marjorque et achèvera à Mont-roi en septembre 1941. Ces 23 gouaches sur papier, toutes du même format, sont pour lui l'occasion d'expérimenter des textures en partie pour pallier les pénuries en matériaux provoquées par la guerre. Miro élabore une nouvelle langue idéolographique de pictogrammes qui sera déterminante pour toute l'oeuvre à venir.

Nocturne - 1938

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Femmes oiseaux - 1940

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Femme devant le soleil - 1942

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 La céramique

Sans doute est-ce dans le travail de la céramique que le génie de Miro trouve son expression la plus pleine. cette technique va mobiliser toutes les facettes de son talent. En novembre 1942, il fait appel à son ami Artigas avec lequel il apprend à modeler la terre, à la travailler au tour pour façonner un volume creux. Il enduit ensuite la surface des pièces de couleurs et agrémente la texture de signes. L'étape suivante concerne le feu lui même dont les effets imprévisibles constituent pour Miro "des surprises excitantes".

Tête d'Ubu - 1971/72

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Grand personnage - 1956

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Grand vase - 1956

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1947/1954: les années après guerre

Avec la fin des hostilitées, la vie reprend son cours et Miro renoue avec ses amis. n 1947 il effectue un séjour de 8 mois à New York qui produit sur lui une forte impression. par l'entremise de Pierre Matisse il reçoit la commande d'une grande peinture murale pour la salle de restaurant du Terrace Plaza Hotel à Cincinatti. De retour de ce séjour, Miro s'emploie dans ses oeuvres à une nouvelle économie de moyens: des tracés noirs épais s'affirment sur la surface de la toile avec spontanéité. La vision de Miro est réduite à un langage codifié, reposant sur des points et des cercles pour les yeux, des arcs et des croix pour les astres, des signes verticaux et horizontaux pour les sexes et les oiseaux. Il prolonge également son travail de sculpteur et développe son oeuvre lithographique.

Femmes et oiseaux dans la nuit - 1947

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Autoportrait

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La course de taureaux - 1945

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Les sculptures

En 1966, Miro commence une série de culptures conçues dans un esprit poétique, humoristique ou subversif. Toutes procèdent de la même démarche: une récolte d'objets insignifiants, hors d'usage, inspirant de possibles métamorphoses. A l'atelier, Miro combine ses trouvailles au gré de sa fantaisie jusqu'à ce qu'il trouve l'équilibre idéal. A partir de ces assemblages, il réalise des tirages en bronze, le matériau lisse l'aspect hétéroclite de ses compositions. Miro recouvre de Ripolin aux couleurs pures les surfaces de certains de ses assemblages. Les aplats de couleurs viennent distinguer ce que le bronze avait un temps unifié. Ces sculpturess cocasses tournent en dérision la technique classique du bronze.

L'oiseau se niche sur les doigts en fleurs - 1969

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Monsieur, Madame - 1969

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Jeune fille s'évadant - 1967

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Pour Emilio Fernandez Miro - 1963

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Bleu I, bleu II, bleu III

Ce sont les premières oeuvres monumentales créées en 1961. Miro commence à réfléchir à une série de tableaux bleus pour lesquels il aspire à un grand dépouillement. Il dessine de minuscules esquisses griffonnées à l'encre et au crayon qu'il punaise sur les montants de châssis des toiles encore vierges disposées contre les murs de l'atelier. Presque 10 mois s'écoulent avant l'ébauche au fusain et le passage à la peinture. La source de ces peintures magistrales se trouvent dans des toiles de 1925 très épurées au fond très travaillé. Les trois bleus sont ainsi une synthèse de toutes les expériences menées par Miro, l'aboutissement comme il le dit lui même, de tout ce qu'il a essayé de faire.

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L'oeuvre ultime

Dans la dernière partie de sa vie, Miro multiplie les défis et fait preuve d'une grande pugnacité physique et mentale. l'humour, l'esprit de jeu etde provocation l'animent plus que jamais. Miro joue sur tous les registres, repousse les limites de ce qu'il a découvert et déjà exploré, tout en s'aventurant sur de nouveaux chemins. A l'épure azurée ou blanche de ses grands triptyques, il oppose l'intrusion du feu qui vient détruire ses Toiles Brûlées. Son élan créateur le pousse à affronter avec toujours plus de liberté la matière, l'espace de la toile et à imposer l'immense pouvoir de ses signes graphiques. Miro se livre sans retenue dans une peinture qui exige l'engagement du corps entier. Il trempe ses doigts dans la couleur, peint avec ses poings, marche sur la toile. Retrouvant une puissance toute primitive, Miro renouvelle l'enchantement et le choc des nombreuses découvertes qui ont prévalu à toutes les périodes de son oeuvre.

Femme devant la lune II - 1974

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Femme devant le soleil I - 1974

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Silence - 1968

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Quelques sculptures

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Oiseau solaire

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Femme debout - 1969

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L'oiseau lunaire

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Toile brûlée

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Ainsi se termine ce long reportage sur ce peintre. Désolée s'il est un peu long, mais le parcours de cette exposition  durait plus de deux heures, et encore j'ai zappé les séances filmées. J'ai trouvé ce parcours assez intéressant, même si je suis souvent restée assez perplexe devant certaines de ses oeuvres.