L'autre jour tandis que je patientais dans une salle d'attente, je suis tombée sur un très bon article de Tahiti Infos, sur la navigation grâce aux étoiles comme au temps des anciens.

Cet article faisiat suite à l'arrivée de la pirogue faafaite, qui fait une expédition dans les Australes pour soutenir le projet de réserve marine Rähui Nui nö Tuha'a Pae.

pirogue panoramique

Voici donc l'article de Pew Polynesie.

Au temps anciens, les navigateurs polynésiens sillonnaient le grand Pacifique en suivant le chemin des étoiles. Ils lisaient la voûte céleste comme une carte inversée qui leur permettait de savoir exactement où ils étaient et dans quelle direction aller. Les étoiles leur permettaient de connaître le positionnement de leur pirogue en utilisant leur main comme moyen de mesure. Par exemple avec la main ouverte, tendue vers l'horizon, la distance entre le pouce aligné sur la mer et le majeur pointé vers le ciel, représente environ 16° de latitude. L'épaisseur du doigt est à peu près égale à 2°. Avec cette méthode, alliée à une connaissance parfaite des astres, de leur chemin dans le ciel et de leur distance par rapport à l'horizon, ils pouvaient sillonner l'immensité du pacifique sans se perdre et sans boussole, ni GPS.
En plus des étoiles, ils utilisaient aussi l'orientation du soleil pour se repérer dans la journée ainsi que plusieurs autres indicateurs comme la direction du vol des oiseaux, les courants, la salinité de l'eau, les débris flottants, l'odeur de la terre et surtout leur instinct.

Chaque île polynésienne avait une étoile de référence aux temps anciens, un astre particulièrement brillant qui passe au zénith du ciel étoilé quand on se retrouve à la latitude de l'île. Par exemple l'étoile zénithale de Tahiti est Sirius (Ta'urua faupapa), celle de Raivavae est Antares (Ana Mua) cette dernière est l'étoile la plus brillante de la constellation du scorpion, ou encore l'hameçon du Dieu Maui, Te Matau o Maui.

Pour être sûr d'arriver à bon port, les anciens naviguaient jusqu'à ce que l'étoile de l'île recherchée arrive au zénith. Ils savaient alors qu'ils se trouvaient à la bonne latitude et se laissaient entraîner vers l'ouest par les vents dominants pour viser l'île à l'aide d'autres indicateurs.

Leciel polynésien. Crédits photos ciel.polynesien.free.fr

ciel_polynesien1

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Dans la culture polynésienne traditionnelle, les étoiles se levaient et se couchaient dans une même maison. Du nord au sud, l'horizon était divisé en 16 maisons, caractérisées par la largeur du poing orienté vers la mer (ce qui représente 11,25°). Les navigateurs connaissaient à la perfection quelles étoiles se levaient et se couchaient dans quelle maison. Ces repères servaient à déterminer le cap de la pirogue pour la navigation. Chaque maison avait sa maison associée, celle qui était orientée à 90° et qui devait donc rester perpendiculaire au cap choisi.

Cette association entre les différentes maisons permettait aux navigateurs d'avoir plus de points de références quand le ciel était nuageux. Les anciens avaient développé des moyens mnémotechniques pour retenir le nom des maisons et de leurs maisons associées. La maison 'öio (l'oiseau nodi) était associé à la maison ra'i (le ciel), car le nodi vole dans le ciel. La maison reo (langue) était perpendiculaire à la maison ä'ia (pays) car la langue est parlée dans le pays.

L'orientation du vol des oiseaux était aussi un indicateur pour aider les navigateurs à retrouver une île. Certaines espèces d'oiseaux dorment à terre et les anciens suivaient la direction de leur vol au coucher du soleil ou la direction inverse au lever. Il était possible de connaître la distance maximale de l'île recherchée en fonction des espèces rencontrées. Par exemple, le nodi ne s'écarte pas à plus de 20 miles de son île. Par contre, la frégate ('ötaha) peut voyager jusqu'à 35 milles et le paille en queue (tava'e) jusqu'à 110 milles de la terre car ces espèces peuvent dormir sur l'eau ; elles ont donc moins intéressantes pour les navigateurs.

Compas des maisons de Nainoa Thomson

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Une belle leçon de navigation à l'heure des "formules un des mers" bourrés d'électroniques.

Je me demande combien de nos marins actuels seraient capables de s'orienter ainsi.

Mardi