Une curiosité de la ville, son lavoir; le seul en Europe a être alimenté en eau chaude et thermale. l'office de tourisme nous avait dit qu'il était ouvert et se visitait, mais quand nous sommes arrivés il était ..... fermé!! Je n'ai pu le voir et faire quelques photos qu'à travers les grilles.

20200122_130845

Au fond il y avait des fresques et sur le côté des panneaux explicatifs sur la vie des lavandières

Un petit retour dans le temps, au temps des lavandières et des grandes buées.

C'est au cours du XIXè que la majeure partie des lavoirs publics ont été créés suite au courant hygiéniste et au développement de l'urbanisme.

Les lieux de "grande buée" (lessive) se sont améliorés au fil  des ans facilitant la tâche des lavandières. De simples points d'eau en bords de rivière, ils se sont peu à peu structurés allant jusqu'à la construction de bâtiments dédiés à la lessive: les lavoirs.

Suivant les régions et les familles, les grandes buées avaient lieu deux à quatre fois par an, au printemps et à l'automne. Avant l'arrivée au lavoir le linge était trié: linge blanc, coloré, lainage, linge fin... On triait même le blanc selon son degré de saleté. Autrefois les lavandières se rendaient en bord de rivière avec leur brouette chargée de linge. Elles le faisaient tremper au préalable, puis le lavaient et le rinçaient. ce travail difficile s'effectuait à genoux dans une "carosse" garnie tantôt de paille, tantôt de coussins pour protéger leurs genoux. Pour la phase de lavage, elles installaient le linge sur une pierre, plate de préférence, le savonnaient, puis le battaient avec un "battoir" pour faire pénétrer le savon à l'intérieur des fibres. La position des lavandières au bord de l'eau était particulièrement pénible. Rappelons que l'eau était froide en été, mais glaciale en hiver.

20200122_130936

Avec l'arrivée des lavoirs bâtis, au cours du XIXè, le confort des lavandières s'est amélioré. Elles ne sont plus à genoux par terre mais debout. Les lavandières trouvent à présent une structure commode leur permettant de laer leur linge au fil des saisons car elles sont abritées de la pluie, du vent, du soleil...

Le lavoir devient un lieu de sociabilité. relativement bruyant, il offrait aux femmes un moyen d'évasion de la maison familiale. Malgré la difficulté de la tâche et le peu de valorisation pour le travail pénible qu'est la lessive, les femmes pouvaient échanger, discuter, rire. Leur linge renseignant également souvent sur la vie des familles; les confidences et les ragots y étaient propices.

20200122_131016

Le lavoir est un lieu d'éveil des sens. le fond sonore de l'eau qui coule en permanence occupe le lavoir. il pouvait même être très bruyant lorsqu'elles étaient toutes là. La lessive produisait une ambiance olfactive très particulière.

En effet, les plantes et mélanges utilisés parfumaient le linge mais aussi le lieu et ses abords. Une fois le linge rincé, l'eau qui s'écoulait étant tantôt laiteuse, tantôt bleutée par le "bleu", produit blanchissant le linge. Lorsque l'on procédait au rinçage du linge blanc, une technique était utilisée pour le rendre plus blanc encore: l'azurage.

Une fois rincé, le linge était essoré par les lavandières en le tordant à quatre mains, puis il était étendu sur des fils à linge situé près du lavoir pour les grandes pièces comme les draps, le petit linge était était le plus souvent ramené à la maison et étendu sur des fils tendus de mur en mur.

20200122_131514

Qu'est-ce que l'azurage?

On plongeait dans l'eau de rinçage une boule de bleu ou un sac de bleu qui contenait une poudre bleue provenant de l'indigotier ou de l'outremer. On obtenait ce bleu vif en broyant du lapis lazuli, technique simple mais très couteuse.

Un chimiste invente en 1928 une méthode artificielle mais moins coûteuse: Mme Guimet, artiste peintre, utilisait le lapis lazuli pour l'exercice de son art. Etant fort coûteux, son mari va inventer un bleu de synthèse qui va trouver son application industrielle dans le ravivage du linge blanc: l'azurage. On appellera alors le "bleu Guimet", bleu outremer artificiel. Cette invention lui valut médailles et fortune.

20200122_131140

On note l'arrivée des premières machines à laver mécaniques aux alentours de 1920, mais ce n'est que dans les années 1960 que les premières machines à laver automatiques voient le jour avec une poudre à laver prête à l'emploi. L'arrivée de la machine à laver coïncide avec les mouvements de libération de la femme et le déferlement de publicités vantant une machine totalement automatisée et qui non seulement lave sans effort, mais rince aussi le linge.

DSC_4805 (2)

Revenons à notre lavoir

20200122_131057

A Vernet les Bains, un premier lavoir bâti a été emporté par les inondations de 1940. Le nouveau lavoir date des années 50, probablement 1955.

Il offre une particularité assez peu commune...

Il est alimenté en eau chaude thermale continue provenant de la source du Parc. Cette source est située sous le grand escalier de l'hôtel du Portugal. L'eau sort du griffon à 66° et elle est acheminé jusqu'au lavoirpar un système de plomberie ancien, lui faisant perdre quelques degrés.

La qualité de l'eau offerte par ce lavoir rend le linge plus blanc et plus souple ce qui est apprécié par les lavandières. Il est encore aujourd'hui utilisé pour le lessivage du linge par les vernetoises et familles environnantes, mais aussi par les touristes et randonneurs.

20200122_131247

Une bien intéressante visite, même au travers des grilles. Jaurai bien aimé le tester.