Comme chaque fois que je monte à la capitale, je me fais au moins une journée parisienne.

Cette fois ci, j'ai profité de la gratuité du musée du Quai Branly- Jacques Chirac, pour aller voir deux expositions et le fameux plateau des continents.

Arrivée pour l'ouverture, il y avait déjà une sacré queue dans les jardins, sans parler des groupes scolaires!! Dès l'ouverture des portes tout le monde s'est précipité vers le plateau des continents, aussi j'ai préféré bifurquer et aller dans les autres salles; et j'ai bien fait! la première était vide, la deuxième un peu plus fréquentée.

Jevais donc vous parler des offrandes funéraires en papier de Taïwan, et vous allez voir c'est stupéfiant!!

Qui n’a jamais rêvé de retrouver les plaisirs terrestres après la mort ? Telle est la fonction des objets funéraires en papier, brûlés pour assurer le confort matériel des défunts dans l’au-delà. A la suite d'un décès, les familles achètent des substituts d'objets réels en papier, montés sur une structure de bambou, qu'ils envoient au disparu en les brûlant, accompagnés de monnaies funéraires. De la maison miniature aux copies d'articles de luxe, rien n'est laissé au hazard. Ces copies hypreréalistes ne négligent aucun détail: programmes du lave-linge, smartphone équipé d'applications spéciales "paradis" et berline avec chauffeur.

Les offrandes funéraires figurent parmi les premiers vestiges de la civilisation chinoise. La coutume d’inhumer les défunts avec de la nourriture et des objets quotidiens est attestée depuis plus de 3000 ans. Les serviteurs, chevaux, maquettes d’habitation et objets de valeur retrouvés dans les tombes constituent d’importants témoignages historiques du mode de vie de l’époque des premières dynasties, à l’image de la célèbre armée de terre-cuite du premier empereur Qin Shi Huang (259 à 210 av. J.-C.). A l’âge du bronze, de luxueux objets rituels de divination permettaient par ailleurs de communiquer avec les ancêtres, considérés comme des intermédiaires entre les hommes et les divinités. Plus tard, à partir du 5e siècle avant notre ère, le confucianisme a placé la piété filiale au coeur de sa doctrine et au fondement de l’ordre social.

A Taiwan, les objets funéraires en papier (zhizha) se rattachent à cette longue histoire, tout en étant un art local et original. Cette exposition réalisée en collaboration avec le Centre Culturel de Taiwan présente des créations de deux ateliers de papier Taipei, Hsin-Hsin et Skea. La scénographie cherchera à mettre en valeur la dimension poétique, parfois exubérante, de ces oeuvres éphémères, éclairées et détruites par les flammes.

Maison de rêve

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Les monnaies et objets funéraires à brûler entretiennent la relation d'interdépendance qui unit les morts et les vivants, avec l'idée que leurs mondes respectifs obéissent aux même contingences matérielles.

Les ateliers de papiers accordent un soin tout particulier à la réalisation de la maison qui doit être l'offrande la plus spectaculaire. Celle ci peut être de style moderne ou en forme de temple avec ses colonnes et agrémentée d'un décor de fleurs et dragons. A l'intérieur, une effigie en papier du défunt porte un titre de propriété immobilier, ainsi que l'inventaire des biens et de la somme d'argent envoyés par sa famille, ceci pour éviter que les offrandes ne soient dérobées par des fantômes affamés.

Survolant la maison, l'hélicoptère a remplacé le palanquin d'autrefois pour transporter l'âme au paradis.

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Confort intérieur

La maison est brûlée avec autant de pièces meublées et d'équipement que possible. Ces offrandes créent un intérieur confortable et fonctionnel: salon avec home cinéma, produits de toilette, réfrigérateur, bouilloire et thermos pour le thé...

Le divertissement n'est pas oublié avec les jeux de société ou le karaoké. Ces répliques peuvent être très modeste ou industrielle, mais les familles peuvent aussi faire appel à des ateliers spécialisés pour commander des ensembles luxueux selon la personnalité du défunt.

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Buffet à volonté

Les vivants offrent aux morts des biens, de l'argent et de la nourriture afin qu'ils deviennent des ancêtres protecteurs. Lors du rituel funéraire, le défunt peut être nourri par des répliques de mets en papier à brûler.

Les autels aux ancêtres disposés dans les maisons doivent aussi recevoir régulièrement de la nourriture. S'ils souffrent de la faim et de la négligence de leurs descendants, les esprits des morts courent le risque de se changer en fantômes affamés.

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Shopping Paradis et offrandes high-tech

Le monde des morts a toujours été à l'image du nôtre.  Les répliques d'articles de grande marque peuvent être de simples copies bon marché ou des reproductions hyperéalistes, presqu'aussi coûteuses que leurs modèles. Sac à main, bijoux et tenue de soirée... Les ateliers offrent un large chox inspiré des marques les plus prestigieuses.

Les offrandes doivent doivent aussi être à la pointe du progrès: casque sans fil, appareil photo reflex numérique et ordinateur portable. Certains ateliers proposent des tablettes et smartphones équipés d'applications virtuelles cencées fonctionner dans le monde des morts, comme le "tchat paradis". Ils incluent aussi des garanties pour les appareils électroménagers, le servie de ménage à la maison et le compte bancaire illimité avec la carte de crédit.

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V.I.P

Jet privé, yachts et gardes du corps, rien n'est trop beau pour honorer un défunt et lui assurer le meilleur statut social dans l'au-delà.

Traditionnellement, un cheval ou un palanquin de papier avec des figurines de serviteurs étaient brûlés après le dernier souffle d'une personne. Aujourd'hui, la voiture de luxe avec chauffeur joue le même rôle et conduit l'âme au paradis avec prestige.

Sous la forme de monnaies funéraires ou de cartes de crédit illimités, l'argent permet au mort de subvenir à ses besoins dans l'autre monde. Il aide aussi l'âme à payer les juges des enfers pour éviter les tortures, ainsi qu'à rembourser la dette de vie que toute personne doit aux divinités célestes créatrices. En effet, à la naissance, chaque être vivant contracte une dette auprès du trésor céleste dont le montant, variable selon le signe astrologique, détermine la destinée et la fortune sur terre.

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Dai-Shi-Ye, le gardien libérateur des fantômes affamés.

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Un gardien qui ne reçoit pas de rituel funéraire et de culte des ancêtres peut devenir un revenant affamé. Ces entités dangereuses se manifestent souvent pendant les rêves et entraînent calamités et maladies. Chaque année, lors de la fête des fantômes affamés, de la nourriture et des objets de papier à brûler leur sont offerts pour les apaiser.

Dai-Shi-Ye est une forme particulière de Guanyin, un être éveillé resté dans le monde par compassion. Avec ses cornes, ses crocs et les flammes qui sortent parfois de sa bouche, il effraie les fantômes affamés pour les maîtriser. Il  porte une armure de général, des drapeaux de commandement militaire dans le dos et se tient avec autorité sur un piédestal.

Trop puissante pour être conservée, la sculpture de papier de Dai-Shi-Ye est brûlée à la fin de la fête. Elle accompagne ainsi les âmes errantes vers les enferts et les paradis.

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Du rituel funéraire au culte des ancêtres.

Grâce au rituel funéraire, le mort devient un ancêtre dont l'esprit pourra résider dans une tablette portant son nom. Disposées sur un autel domestique, les tablettes reçoivent quotidiennement des offrandes de nourriture, d'encens et de fleurs. Elles se placent idéalement à un endroit qui permette aux ancêtres d'assister aux activités de la famille.

A Taiwan comme en Chine, le devenir après la mort relève de systèmes de croyances taöistes, bouddhiques, confucianistes et populaires qui coexistent ou s'influencent réciproquement. La personne possède deux âmes, une première qui reste avec le corps après la mort, et une seconde, immortelle, qui pourrait être considérée comme une énergie vitale.

Du point de vue bouddique, la mort entraîne une réincarnation conditionnée par des bonnes et mauvaises actions passées.

Pour le conficianisme, un mort devient un ancêtre à vénérer, garant de l'ordre social, alors que le taoisme aspire à l'immortalité et à l'union avec l'être universel (dao).

Dans la culture populaire, le défunt peut se réincarner, devenir un ancêtre ou un immortel. Il peut aussi être tout à la fois, sans contradictions.

 

Autel à tablette d'ancêtre, début du 20è - Hong Kong

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Quand je vous disais que cette expositon était bluffante!! Le travail d'orfèvre de ces artistes est d'une pure beauté, et quelle précision!

J'ai beaucoup appris. Et même si pour nous occidentaux, ces pratiquent peuvent nous sembler enfantines et nous faire rire, je les trouve attachantes et pleines de respects et sagesse.